Saint-Etienne, priez pour nous
Le hasard de mes pérégrinations internetiques m’a amené sur un blog que j’ai étrangement peu fréquenté jusqu’ici, 1984. Un billet attire mon regard, je ne sais trop pourquoi (je vous assure)… “Quand Jean-Paul II s’incruste chez Jean Jaurès“… Krysztoff, son auteur, relève pour l’anecdote (mais pas seulement) la décision du Sénateur-Maire de Saint-Etienne, Michel Thiollière, de rebaptiser une partie de la place Jean-Jaurès, celle qui jouxte la cathédrale, en place Jean-Paul II.
Le symbole peut certes prêter à sourire même si l’on pourrait aussi - au-delà d’une opposition de façade et fort anachronique - se réjouir de cette co-existence. Comme j’ai pu le souligner perfidement, celui qui a baptisé à l’époque la place de la cathédrale place Jean Jaurès devait probablement avoir un petit côté “Peppone“.
Je souris aussi perfidement en lisant l’extrait du site de la Libre-Pensée de la Loire, cité par Krysztoff. Pour ceux qui l’ignorent, la “Libre-Pensée” est en quelque sort un mouvement qui ont du mal à reconnaître aux autres le droit de penser librement que Dieu existe. Je recommence à être perfide. Retiens-toi, mon lapin et cite donc l’extrait, comme tu l’as promis :
“Le sénateur-maire - radical valoisien - est intervenu pour dire que cette proposition était dans l’esprit de la loi de 1905, loi de tolérance et d’ouverture aux religions.”
Je m’amuse d’un commentaire de Kryzstoff qui souligne que la loi de 1905 est bien une loi de séparation des Eglises et de l’Etat “et non comme le déclare le premier magistrat de Saint-Etienne, “loi de tolérance et d’ouverture aux religions”, faisant ici selon moi une réécriture totale et du contexte et de l’esprit de cette loi“. Je n’aurais pas mieux dit qu’effectivement, en matière de tolérance et d’ouverture, on a pu faire mieux, depuis, que cette loi de 1905, surtout telle que certains l’interprètent.
Bref, s’ensuit une discussion qui m’interpelle sur les différentes conceptions de la laïcité et sur les noms des rues. Je suis pour ma part attaché à une laïcité-neutralité, par opposition à une laïcité-négation. Cela me semblait déjà un pas mais cette discussion m’amène à préciser ma propre notion de la neutralité qui à mon sens ne consiste pas à nier l’existence de tous mais plutôt à reconnaître celle de chacun.
Estimant probablement que la seule retranscription des propos de Michel Thiollière suffirait à assurer leur rejet par les lecteurs (certes lecteurs d’un site “libre-penseur”), les animateurs du site poursuivent :
“Il se sent honoré quand les responsables religieux lui proposent d’assister à une de leurs cérémonies et il a pour habitude de fréquenter tous les lieux de culte quand il y est invité : il le fait à la fois en citoyen libre de ses agissements et en tant que maire, représentant de la collectivité etc. etc.”Je me suis retrouvé avec bonheur aux côtés du rabbin, de l’imam, de l’évêque, du pasteur. Cela ne m’a posé aucun problème. La Ville a le devoir de respecter les religions. D’ailleurs le pape Jean-paul II, tout le monde s’accorde à le dire, a été un pape de paix et d’ouverture”
C’est assez précisément ainsi que j’entends la laïcité, dans le respect de chacune - de toutes - les religions. Pour quelle obscure raison, propre à la France, devrait-on rejeter les représentants des mouvements religieux ? Quelle est donc la crainte de ces gardiens de la loi ? Quel danger immédiat requiert l’ostracisme des religions ? Que l’une d’entre elles accède au rang de religion d’Etat ? Aucune d’entre elles ne le souhaite. Que, par contamination, leur présence puisse rendre chrétien, juif, ou musulman ceux qui les reçoivent ?
Il y a, je trouve, dans l’attitude française à l’égard des religions, une large part de pathos, de refoulé, de névrose. Car, enfin, celui qui ne croit pas en Dieu ne basculera pas du côté obscur du Dieu Amour par la seule présence d’un religieux. Quant à celui que la seule fréquentation d’un prêtre rendrait croyant, permettez-moi de penser, outre le fait qu’il pourrait avoir de plus mauvaises fréquentations, qu’il serait probablement devenu croyant de toutes façons.
La France, fille aînée de l’Eglise, fait sa crise d’adolescence. J’ai toujours trouvé ça ridicule, les crises d’adolescence. J’ai d’ailleurs refusé d’en faire une : à chacun son anti-conformisme. Pour avoir été tellement proche de l’Eglise pendant si longtemps, la France la rejette depuis un siècle dans un mouvement dont la sérénité me paraît bien absente. Elle sera, un jour, adulte et capable de comprendre qu’un mouvement religieux, qu’un responsable religieux, ne mérite pas moins de respect, de reconnaissance et de considération qu’un mouvement, qu’un responsable politique. Ce jour là, peut-être, après la place Salvador Dali, on pourra s’engager dans un passage Dalil Boubakeur, tourner à droite dans l’avenue Jean Jaurès, poursuivre sur les quais Jean-Paul II et prendre le pont Mitterrand. Sans y prêter attention.
par KoZ le 19.01.06
source : http://koztoujours.free.fr/index.php/2006/01/19/saint-etienne-priez-pour-nous/
